LA MAISON
Fondée en 1929 au 136 avenue des Champs-Élysées, la maison Maggy Rouff s’impose comme l’une des signatures majeures de la Haute Couture parisienne du XXe siècle. Ce parcours retrace son héritage.
La Fondatrice
Maggy Anna de Wagner appartient à cette génération de créateurs pour qui la couture relève autant de la pensée que du geste. Formée dès 1912 chez Drecoll, elle y développe une conception structurée du vêtement. En 1929, elle rachète la maison Rouff et fonde, au 136 avenue des Champs-Élysées, la maison Maggy Rouff. Elle en restera l’unique autorité stylistique pendant plus de quarante ans.
Le Rayonnement


Dans les années 1930, la maison Maggy Rouff compte parmi les signatures importantes de la Haute Couture parisienne.
Ses collections séduisent une clientèle française et internationale à la recherche d’une élégance moderne, adaptée à la vie contemporaine.
Robes de jour, modèles de sport, tenues du soir et accessoires composent un vestiaire complet, pensé pour accompagner avec distinction les différents moments de la vie mondaine.
Très présente dans Vogue, Harper’s Bazaar ou L’Officiel, photographiée par les plus grands photographes et portée par les mannequins et les personnalités les plus en vue,
la maison participe pleinement au rayonnement de l’élégance parisienne. Après les Champs-Élysées à Paris, l’ouverture d’une succursale à Londres en 1937 marque une étape importante
de son développement et affirme sa place parmi les maisons qui contribuent à faire de Paris la capitale internationale de la couture.
Le Style
Le style Maggy Rouff est immédiatement reconnaissable : maîtrise du biais, science du drapé, précision des volumes.
La silhouette est pensée dans sa totalité, où la ligne, la matière et le mouvement dialoguent.
Elle comprend que le tissu transforme la couleur, la laine absorbe, la soie éclaire, le crêpe discipline
et associe volontiers des textures différentes dans une même teinte pour en révéler toutes les nuances.
Elle ose des harmonies audacieuses, du bleu-violet au cuivre profond qu’elle nomme « chaudron », ainsi qu’une gamme de gris conçus pour être portés.
Son expérience du sportswear introduit dans la couture une liberté nouvelle : des vêtements souples, précis, faits pour accompagner le corps sans le contraindre.
Accessoires, gants, bijoux fantaisie, broderies et détails font partie intégrante de la création, chaque élément participant à l’équilibre de l’ensemble.
Le style Maggy Rouff n’est jamais un effet, mais une discipline vivante, où la rigueur de la coupe sert toujours la modernité de l’allure.
Sur Scène et à l’Écran
À partir de la fin des années 1930, la maison Maggy Rouff collabore régulièrement avec le théâtre,
l’opéra et le cinéma, pour lesquels elle réalise costumes et garde-robes. Ses créations apparaissent notamment
dans Si Versailles m’était conté (1954) de Sacha Guitry et sont portées par des personnalités majeures du spectacle,
parmi lesquelles Cécile Sorel, Danielle Darrieux et Maria Callas. La maison s’inscrit ainsi dans le dialogue constant
entre la couture parisienne et le monde des arts.
Cette reconnaissance s’accompagne d’une clientèle aristocratique et internationale fidèle,
confirmant la place de Maggy Rouff parmi les grandes maisons de couture du XXe siècle.
La princesse Marina de Kent,
la princesse Xavier de Bourbon-Parme, la baronne de Rothschild,
la princesse Grace de Monaco ou encore Audrey Hepburn comptent parmi
les personnalités qui ont porté ses créations, contribuant au rayonnement de la maison en France comme à l’étranger.
L’Invisible
La maison ne s’exprime pas seulement à travers le vêtement.
Maggy Rouff développe très tôt une ligne de parfums, prolongeant son univers dans l’invisible.
Étincelle. Excentrique. Fleur Folle.
Des créations olfactives qui traduisent une énergie, une audace et une féminité indépendante.
La Transmission
Personnalité engagée dans la défense de la Haute Couture française,
Maggy Rouff contribue activement à son rayonnement en France et à l’étranger par son implication
dans les organisations professionnelles, ses conférences et ses écrits. Auteure de plusieurs ouvrages,
dont La Philosophie de l’élégance, elle défend une conception exigeante du style, fondée sur la culture,
la mesure et la tradition française. Son rôle au sein de la profession lui vaut d’être nommée chevalier de la Légion d’honneur en 1952.
Installée successivement des Champs-Élysées à l’avenue Matignon puis à l’avenue Marceau,
la maison accompagne les évolutions de la couture parisienne tout au long du XXe siècle.
Dans les années 1970, elle rejoint le groupe Boussac, alors propriétaire de Christian Dior,
inscrivant son nom dans la continuité des grandes maisons qui ont contribué au prestige international de la Haute Couture française.
La Maison aujourd’hui
La maison Maggy Rouff entre dans une nouvelle phase de son histoire.
Sous l’impulsion du designer Eric Tibusch, la création reprend le fil interrompu,
non comme une reconstitution, mais comme une conversation à travers le temps.
Une conversation avec Maggy Rouff elle-même, autour de ce qui faisait l’essence de
la maison :
la construction du vêtement, la liberté du mouvement, l’intelligence de la silhouette.
Revenir à Maggy Rouff, ce n’est pas restaurer une époque, mais retrouver une exigence. Le vêtement se pense dans sa structure,
dans sa coupe, dans sa relation au corps. La silhouette se construit en mouvement, avec rigueur, précision et liberté.
Fidèle à l’esprit de la fondatrice, la maison s’inscrit dans le présent sans nostalgie, poursuivant une idée de la couture où la discipline de la ligne sert toujours l’allure,
et où le style reste une force vivante.